Souffrance

Publié le 20 avril 2026 à 11:42

Comment supporter la vision
de l’anéantissement du monde ?

Comment regarder
cette douleur,
cette souffrance
que doivent endurer ceux qui sont
moins bien nés,
moins chanceux,
torturés par d’autres
ou par eux-mêmes ?

Pourquoi tant d’hommes,
face à l’abîme,
n’ont-ils trouvé d’autre chemin
que celui de rejeter sur autrui
la douleur d’être ?

Devenu bourreau
de peur d’être victime.

Devenu riche
pour ne pas être pauvre.

Devenu tyran
de crainte d’être soumis.

Et perdu quand même.
Peut-être à jamais.

Comment faire face
à cette insupportable souffrance
de l’homme ne pouvant faire face
à lui-même ?

Douleur vive
douleur nue
à regarder cela en face.

Impuissance
face à cet engrenage implacable
de la raison,
autre nom de la folie.

N’y a-t-il donc point d’issue ?
Pourquoi ne suffit-il pas de comprendre ?

D’absoudre aussi bien le bourreau
que la victime,
tous deux broyés par un système
dont on ne peut, au fond,
que blâmer le créateur.

Tout cela était-il bien nécessaire ?
N’y avait-il pas d’autre manière
d’incarner cette part du réel ?

Je suis perdu.

Quand mes récits
ne suffisent plus
à me convaincre que,
malgré le droit que nous donne l’incomplétude
de faire ce que bon nous semble,
tant d’hommes
sont si doués pour bâtir l’enfer,
et si démunis lorsqu’il s’agit de cultiver la joie
qui pourrait faire
de cette terre
un paradis d’hommes.

Heureusement,
il subsiste au fond de moi
une lueur.

Une croyance viscérale en l’homme,
puisée dans la foule,
dans cette proximité à l’autre
si fréquente dans mon espace de vie.

Ce sentiment presque palpable
de bienveillance,
qui naît
lorsque l’on voit en l’autre
un miroir de ce que l’on est :

imparfait,
incomplet,
en soif d’amour.

Alors je me dis
que pour échapper à la tyrannie
d’une poignée de morts-vivants
égarés dans la raison de soi,
il reste peut-être à inventer
comment nous relier,
hommes de bonne volonté,
pour communiquer
sans contraintes ni barrières,
et faire enfin connaître
notre majorité.


- En écho -


"Puisqu'on est jeune et con
Puisqu'ils sont vieux et fous
...
Puisque je sais qu'un jour nous gagnerons a devenir fous
...
Puisque je sais qu'un jour nous nous aimerons
Comme des fous"

-- Jeune et con, Damien SAEZ --

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